Charmes d'une route de nuit.
Je pensais somnoler tout le long. C'était sans compter sur les goûts musicaux du 'pilote' de taxico. Zouk créole à 3h du matin. Pendant les 4h de route. Rude.
Dépose au bac de Saint-Laurent, le long du Maroni. Sur l'autre rive, le Surinam.
Saint-Laurent, ses garimpeiros brésiliens, ses Bushinenge Saramaca, et ses innombrables Chinois. On fait rapidement le tour de la ville et de ses quelques rares commerces.
Avant un petit dej merité, achat du journal (France-Guyane, le seul l'unique) chez un des personnages de Saint-Laurent: Jean-Claude, ancien légionnaire, toujours habillé d'un treillis. Aujourd'hui il est vendeur de journaux, machettes et pornos. Pas incompatible.
Pour la journée, excursion au Surinam. Et sans le visa requis. Accompagné de Chloé et son frère, nous partons chercher Budju, dans son quartier, le réputé infréquentable 'La Charbonnière'.
Budju est haut en couleurs. Il s'appelle Das, mais tout le monde l'interpelle sous son patronyme, relique de son ancien groupe de rap, le Budju Band.
Il a aussi été chasseur en forêt, orpailleur pendant deux ans, et aurait fait un service militaire en France puis un au Surinam. Aujourd'hui, Budju tient le Budju Bar et a la réputation d'avoir le nez toujours trop poudré.
Coup de chance il part remplir son frigo de boissons en prévision de la prochaine soirée. On embarque sur une pirogue badgée 'Barack Obama', et traversée du Maroni.
A Albina, Budju est littéralement chez lui. La ville n'a de raison d'exister que par sa localisation, en face de la Guyane, en face de la France. On y reviendra.
Tout y est moins cher, et Budju repartira chargé de palettes de boissons chimiques et étranges. Il nous invite à manger chez un ami Javanais. Tous les commercants, tous les restaurateurs sont asiatiques. Comme en Guyane. Un peu marre de la combo riz/poulet.

Le vrai plus de ce week-end à Saint-Laurent, c'est son attrait journalistique.
On trouve ici le CHOG (Centre Hospitâlier de l'Ouest Guyanais). Et avec lui foison d'histoires. Des plus glauques et indicibles sur des bavures de médecins incompétents  aux incohérences d'un système médical inadapté.
C'est ici aussi que viennent nombre de Surinamais pour se faire soigner, sans sécu, sans couverture.
Le service pédiatrique est aussi particulièrement encombré. On perçoit vite l'intérêt d'accoucher sur le sol français..
J'apprends aussi que le gros des chiffres de l'expulsion du ministère d'Eric Besson se fait en Guyane, principalement dans la région Ouest, ou l'on ne compte plus les Brésiliens, Surinamais et Haïtiens (en sursis pour le moment) renvoyés.
Nuit de samedi à dimanche passée en hamac. Une moustiquaire mal installée, un foyer actif de dengue dans la région et des piqures  plein le corps. J'en saurais plus dans quelques jours.
Dimanche, pas eu le temps de visiter le camp de la Transportation, un temps médiatisé par Albert Londres. Tant pis, je reviendrai bientôt.
Un retour à Cayenne marqué par un contrôle militaire à Iracoubo. Le commis contrôle les papiers, bloque sur mon passeport et s'en va 5 bonnes minutes. Petite suée incontrôlée de mon côté.
Il revient avec son chef, hilare, pour m'annoncer que lui et moi avons le même nom.
Engagez-vous qu'ils disaient..
Picture
Albina, la plage de débarquement
 


Chloé
09/02/2010 12:19pm

Cette histoire de patronyme me fait beaucoup rire!

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