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Partir et mieux revenir. Je quitte le Sud, trop vite a mon gout. Je serais reste des semaines, voire beaucoup plus. Beaucoup de projets ont germe, en peu de temps. Mais la route du retour est longue, ses trajets eprouvants.
En quittant le Sud, je m apprete aussi a quitter l Ethiopie. Mon retour en France est avance d une journee. Pays de diversite extraordinaires, pays fier et emouvant.
Je l ai promis, je me le suis promis, je reviendrai.
Mon actualite immediate est a Paris, mais elle sera teintee d Abyssinie. Gros editing photo a prevoir, montage, ecriture, diffusion, publication.

Merci aux lectrices et lecteurs du blog. Fideles ou de passage, merci pour les messages et les encouragements. Aux co-producteurs du reportage sur les Falash Mura, la suite, tres vite.

B/ @ Addis Airport.
 
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La journee commencait mal. Entre les batailles rangees entre chiens et hyenes, et les camions de contrebance du Kenya qui traversent le village toute la nuit.
Les pates au thon du reveil, a 6h, n aidaient en rien. Mais c est aussi ca le couchsurfing local.
Et pourtant, malgre l absence de sommeil, grosse journee de productivite. J ai enfin reussi a convaincre Boosa de faire un portrait, le persuadant que je ne volerai pas son ame en le photographiant.
Seconde journee dans le volcan. Epuisant, mais moins que le boulot d extracteur de sel. Me suis fondu dans la vie du village, et je me dois de revenir sur ce qui a pu etre ecrit sur ce blog les jours precedents. Le khat agit, et pas qu un peu. 
Le tout est de savoir prendre le temps, bien entoure (30 personnes essayant de m apprendre l oromique), et d arroser le tout a bon escient. 
Stimulation cerebrale totale, peut etre trop. 
La journee s acheve joyeusement, mais on me previent qu en raison de la secheresse ambiante, commerce et traffic routier dans ma zone sont limites. Je ferais mieux de prendre le bus de nuit vers Dubluck afin de demain, peut etre, trouver un moyen de rejoindre une vraie ville. Chose faite, et a nouveau sur la route, carnage. Un camion-plateau rempli de vaches est renverse sur le bord de l asphalte. La moitie du betail est predecoupee, pour les hyenes..
Les trois occupants du camion sont vivants, mais bien esquintes. Premier boulot avec les passagers de mon bus, degager les animaux morts de sous le camion, et liberer les vivants. Etrange priorite. Tres lourd une vache. 
Un des blesses commence a gueuler serieusement et en appelle a dieu, encore lui.
Je donne les instructions d arreter de le deplacer dans tous les sens (j ai suivi la formation croix rouge a la tele, avec Adriana Karembeu), et voila qu on me croit medecin. Je dois veiller sur lui et le sang de sa joue arrachee perle deja sur mes genoux. Engagez vous qu ils disaient..
Arrivee a Dubluck, epuise, tres tard. Toujours pas d electricite. Je trouve refuge chez une famille, la nuit sera courte. C est bon de se sentir vivant.
 
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Arrrivee a Yabelo, apres deux jours de trajet, vide.
Parti d Addis hier matin, assis dans l allee centrale d un bus antique, et six changements de vehicules depuis. Hier soir a Awasa. 
Rencontre avec des medecins locaux, plan de l annee, un d eux m offre le covoiturage en ambulance. Une grosse, avec la sirene et les gyrophares. Reve de gosse du camion de pompiers presque realise.
Presque, parce que les horreurs de la route en Ethiopie laissent un gout ecoeurant. Apres une heure en ambulance, traversee d un village de montagne, terreur sur les visages, foule paniquee.
Dans le ravin, un enorme camion de marchandises, retourne. Sous lui, deux huttes, autant d habitants. Sur la route, vingt metres de sang en trainee. Hurlements.
Peut etre l occasion de faire profiter de l ambulance a des passagers qui en ont plus besoin que moi..
Meme plus la peine de proposer, tous les protagonistes sont en puree. Nous continuons la route en diminuant la vitesse de moitie, le chauffeur de l ambulance, qui a du en voir d autres, est livide.
Je suis lache a Hager Mariam, qui n apparait sur aucune de mes cartes, et fais le chemin en stop-escroquerie jusqu a Yabelo, et son motel qui ressemble au Bagdad Cafe, le charme en moins, les mouches tsetse en plus.
La route c est aussi l opportunite sans cesse retrouvee, de rencontres cocasses, d ouvertures nouvelles et d exacerbation des sensibilites.
Demain, avant la levee du jour, je devrais pouvoir aller au volcan de sel d El Sod.
B/
 
Retour d Harar, et envolee pour Paris de Dany, non sans galeres. Volcans, Zanzibar, deroutages.
Derniere soiree a Addis avec l extraordinaire Dr Hodes, son equipe et son open-house du bonheur et de l humanite totale.  Avons ete a l aeroport accueillir des patients de retour de chirurgie au Ghana. Hodes fait partie des personnes trop rares sur Terre dont on peut dire avec fierte qu on les a rencontrees.
Derniere nuit loge chez un nouvel ami, et direction, le Sud.

J espere arriver jusqu a Yabelo, petit village a la frontiere kenyane.
La bas, la tribu Borana vit de la collecte de sel qu elle va chercher au fond de vieux volcans. Tres, trop envie de voir ca.

Aucune idee de comment j y parviendrai, je prends un premier bus a Addis dans quelques minutes, jusqu a Awasa ou Shashemene (la concession accordee par Haile Selassie aux Rastafaris), puis stop en camion a priori. C est tout l interet du voyage. Sur la route

Ceci est mon dernier post avant environ une semaine, je n aurai pas d acces a internet.
Pour les messages urgents et moins urgents, je suis joignable au
+251 92321 0968 (appels uniquement).

Comme me l a dit le Dr Hodes hier soir :

AMFYOYO (Adios Motherfucker, You`re On Your Own)

Je serai de retour en France le 1er juillet.
B/

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A Harar, une histoire raconte que lors d une grande famine, les hommes, de peur d etre devores par les animaux entourant la ville, ont scelle avec eux un pacte de cohabitation. Depuis, tous les soirs, un homme devant les remparts de la vieille ville promene ses carcasse de viande, et surgissent de l obscurite les plus disgracieux des memmiferes.
Scene surprenante, et ambiance sonore assuree par les os brises, et les rires des hyenes, qui peut etre se moquent de leur condition.
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Kits de Khat. Par Dany Hoffman

Bahir Dar ressemble à s'y méprendre à une ville côtière. Étrange, pour un pays totalement dépourvu d'ouverture maritime. Les rives du lac Tana ne valent peut être pas les meilleures plages méditerranéennes, mais le paysage est loin d'être déplaisant. Les pélicans se laissent planer de leurs ailes interminables, au gré du vent léger, qui nous caresse les joues. Quelques nuages pointent à l'horizon, mais le ciel n'a pour l'heure rien de menaçant. La journée est douce. Tout du moins, elle s'en donne l'apparence.

 

Après un déjeuner sur l'herbe à siroter des cocas et se salir les doigts avec des injeeras au shiro wat, nous réservons un bateau pour visiter plusieurs des  îles du lac. Celles-ci abritent des monastères, où vivent de petites communautés chrétiennes orthodoxes, retirées de la civilisation... ou presque. De nombreux touristes se rendent en effet dans ces lieux. Malgré tout, les prêtres et les moines  n'ont pas l'air particulièrement intéressés par la présence de farenjis. Plus stoïques que les gardes de la couronne britannique, ils semblent tenir la même position depuis des heures ou plus. Je cherche une blague en amharique pour détendre l'atmosphère, mais le vocabulaire me manque. Nous en resterons donc au hochement de tête de circonstance.

 

Entre nos différentes destinations, nous nous initions à LA coutume nationale : la mastication du khat. Depuis le début du voyage, nous avons croisé un peu partout - dans les rues, dans les bus, dans les marchés, dans les échoppes - des centaines d'Éthiopiens mâchant assidûment leur plante fétiche aux vertus hallucinantes (paraît-il). Le khat est illégal en France. Raison de plus pour tenter le coup ici. Nous achetons quelques centaines de grammes du sésame, espérant découvrir des sensations nouvelles et atteindre le stade suprême, le mirkhana. Verdict, après de longues minutes de « broutage », comme on dit à Djibouti, pays voisin et grand importateur de khat : un goût insipide, voire carrément dégueulasse, et un effet proche de zéro. Nous reviendrons d'Éthiopie avec d'autres souvenirs, plus mémorables que celui-ci.

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Texte par Dany Hoffman
Un air de départ flotte dans Gondar ce vendredi. Le reportage touche à sa fin et nous avons prévu de quitter la ville cet après-midi. La dernière journée de travail s'annonce cependant bien remplie. Nous devons d'abord visiter l'école de la communauté Falash Mura, située à plusieurs kilomètres du village. Au milieu d'un vallon, se dressent quatre grands bâtiments bleus et blancs, aux couleurs d'Israël, financés par l'Association Nord Américaine pour les Juifs Éthiopiens (NACOEJ). L'un abrite la synagogue des enfants, l'autre les salles de classe et les locaux administratifs. L'année scolaire s'est achevée il y a quelques jours et les élèves s'amusent à l'extérieur. Certains portent l'uniforme, obligatoire lors des leçons. Le directeur de l'établissement, très convaincant dans son rôle avec sa jaquette à carreaux, improvise une visite détaillée des lieux. Ultimes photos et sourires à tout-va. La camionnette qui nous a amené nous attend déjà. Nous partons.

En début d'après-midi, rendez-vous avec Menachem Waldman, probablement l'une des plus hautes autorités sur la question Falash Mura. Depuis près de vingt ans, ce rabbin israélien milite pour l'émigration de cette communauté en Terre Sainte, auprès des autorités religieuses et politiques de son pays. De passage à Gondar pour quelques jours, il se prête volontiers au jeu de l'interview. L'entretien est passionnant. Les controverses sont abordées en toute franchise et Menachem Waldman n'est clairement pas adepte de la langue de bois. Après avoir exhibé son iPhone et sa clef 3G, le rabbin 2.0 me pose des questions précises sur mon dictaphone numérique, qui semble beaucoup l'intéresser.

Nous faisons ensuite un passage éclair au village, dans l'espoir de croiser quelques têtes familières auxquelles qui nous pourrions dire au revoir. Échec sur tout la ligne. Les adieux se feront donc par téléphone.

Nous décidons de prendre le mini-bus pour Bahar Dar, à quelques kilomètres au sud, au bord de l'immense lac Tana. Quatre heures de trajet mouvementé. Mais comparé au Addis-Gondar, prouesse réalisée quelques jours plus tot, c'est presque du bonheur que de penser à ce voyage.

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Texte par Dany Hoffman
Le retour vers Gondar fut épique. Un mini-van grand comme une Espace, rempli par dix-sept passagers. Soit une dizaine de trop. Des corps ensardinés. Douze heures de trajet, en pleine pénombre, sur des routes défoncées, sinueuses, caillouteuses – le plus souvent les trois à la fois. Une odeur entre le rat mort et le fennec, parfois pire. Toutes les fenêtres doivent rester fermées, en raison de croyances locales selon lesquelles des maladies peuvent s'infiltrer dans le véhicule depuis l'extérieur. Quant à mon siège, s'il est permis d'utiliser cette terminologie, il consistait en plusieurs planches de bois perpendiculaires, sur lesquelles je n'ai pu poser qu'une demi-fesse. En cumulé, nous avons dû « dormir » 15 ou 20 minutes dans la nuit.

Sales, épuisés, titubant, nous nous rendons malgré tout à notre rendez-vous du jour. Le docteur Rick Hodes nous attend dans son hôtel. Ce médecin américain, qui s’est spécialisé dans les déformations de la colonne vertébrale vit depuis les années 80 en Éthiopie. Il est le responsable à Gondar du Jewish Joint Distribution Committee (JDC), une organisation humanitaire qui apporte les soins essentiels aux familles Falash Muras candidates à l'émigration. Mais la plupart du temps, Rick est à Addis-Abeba, où il oeuvre pour le Mother Teresa Center, une mission de charité chrétienne. Rick est une figure connue et ultra-respectée dans tout le pays. Sa dévotion, sa détermination sans faille et son savoir-faire ont permis de sauver la vie de milliers de jeunes Éthiopiens, dont de nombreux cas gravissimes. C'est un hyperactif, qui n'hésite pas à arrêter des gamins en pleine rue, lorsqu'il remarque chez eux une maladie qu'il croit possible de guérir. Il y a quelques jours, il a croisé Tigalou, lors d'un dîner avec un confrère. Le jeune homme de 16 ans est atteint d'une tuberculose de la colonne vertébrale, un fléau aux symptômes impressionnants, très répandu en Éthiopie. Mais un fléau qu'il est possible de guérir au moyen d’une opération chirurgicale, généralement coûteuse. Ce matin, Tigalou est revenu vers le docteur Hodes, pour une série de tests respiratoires, que Rick effectue dans sa chambre d'hôtel. Les résultats révèlent un état de dégradation très avancé des capacités pulmonaires de l'adolescent. Mais Rick n'a bien sûr aucune intention de le laisser tomber. Une citation, empruntée à l'ancien président américain Théodore Roosevelt, apparaît sur l'ordinateur du docteur Hodes, qui résume sa philosophie : « Fais ce que tu peux, avec ce que tu as, là où tu te trouves. »

La journée, très riche et très lourde, s'achève vers 17h30, apres de multiples rencontres. Nous regagnons nos chambres, lessivés. Nous rêvons d'une sieste salvatrice. Mais les gérants de l'hôtel nous invitent à dîner dans leur patio. Ce soir, ce sera (une fois de plus) « injeera party ».
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Ils se sont envoles. Apres une journee marathon, (re)commencee a 4heures, nouveau periple en bus jusqu a Addis, qui suinte toujours la pollution et l agressivite. Les familles sont logees dans un batiment pres de l ambassade d Israel pour la journee, et les ennuis commencent pour nous. Reperage pres de l ambassade... et reperés.
Des officiers en armes se precipitent sur nous, tout en tension. ``Posez vos sacs, levez les mains et avancez doucement !!`` Ils sont malins, tous les terroristes en goguette ont l habitude de se promener les mains dans les poches devant leurs prochaines cibles.
Echanges de courtoisies, palpations, contoles suspicieux, et je donne les noms qui derident. On nous laisse repartir, sourire aux levres, mais kalash en bandouliere.
Journee compliquee jusqu au bout, negociations d autorisations pour accompagner les familles a l aeroport, mon boitier photo pose probleme en permanence.  Nous reussissons finalement a nous glisser jusqu aux terminaux, mais recales a l entree, malgre palabres, tentatives de compromis (et presque de corruption). Il faudra trouver une solution plus tard. Nous devions rentrer en avion a Gondar, mais un contact sur place nous dit son inquietude quand a la faisabilite du voyage. Bien vu, volcan en eruption en Erythree (l occasion pour l Ethiopie de lui redeclarer la guerre), et tous les vols de la semaine sautent. C est donc un ticket retour par la piste, sinueuse, trouee, et de nuit.
B/
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